La Chine oriente sa stratégie commerciale vers ses voisinsDec 31, 2018

Éléments clés

La confiance des investisseurs à l’égard des pays émergents a subi le contrecoup de la querelle entre la Chine et les États-Unis, qui s’est intensifiée pendant des mois avant la récente trêve. Chetan Sehgal, directeur général et directeur de la gestion de portefeuille, Franklin Templeton Emerging Markets Equity, considère toutefois que cette réaction est excessive et qu’elle pourrait offrir des opportunités aux investisseurs. Dans le premier volet d’une série de trois articles intitulé « L’impact des politiques américaines sur les marchés émergents », Chetan Sehgal explique pourquoi les États-Unis pourraient perdre de leur influence sur les marchés émergents.

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On peut penser que le recul des actions des marchés émergents est principalement dû aux querelles commerciales entre la Chine et les États-Unis. Nous croyons pour notre part que la réaction des marchés a été excessive. Même si les futurs développements restent difficilement prévisibles, la récente réunion du G20 et les pourparlers entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping permettent d’espérer de nouvelles négociations et, éventuellement, une attitude plus conciliante des parties.

En fait, le protectionnisme croissant des États-Unis pourrait avoir pour effet de stimuler certaines économies en développement et de favoriser la négociation d’accords commerciaux entre marchés émergents.

Nous pensons que la Chine peut jouer un rôle majeur dans cette évolution.

Perte d’influence des États-Unis sur les marchés émergents

Au cours de la dernière décennie, la Chine a remplacé les États-Unis au rang de plus grand marché d’exportation de l’ensemble des marchés émergents.

Mais cette évolution commerciale n’est pas à sens unique. La Chine a désormais ravi aux États-Unis le titre de principal exportateur vers le Brésil et la Thaïlande. Elle s’est aussi substituée au Japon comme premier exportateur vers l’Indonésie.

Perte d’influence des États-Unis sur les marchés émergents


L’économie chinoise est aujourd’hui animée par la consommation. Nous pensons que cette mutation peut ouvrir des perspectives de prospérité à d’autres économies émergentes et accroître la confiance des investisseurs dans ces marchés.

Une vaste population de riches consommateurs tire l’économie intérieure massive de la Chine. Cette dynamique devrait entraîner une croissance de la demande pour des produits de consommation plus qualitatifs – phénomène connu sous le nom ce « premiumisation ».

La demande de produits et services haut de gamme – sacs à main et meubles de créateurs, voitures de luxe, gastronomie, etc. – a enregistré une croissance telle que la Chine doit maintenant renforcer ses contrôles sur les importations individuelles de produits de luxe par les Chinois en visite à l’étranger. La Chine est devenue le deuxième marché de consommation du monde.

Perte d’influence des États-Unis sur les marchés émergents
La demande de biens et services par les consommateurs chinois continue de s’accélérer sous l’effet de l’augmentation du revenu des ménages, ce qui crée des opportunités d’affaires dans les secteurs liés à la consommation. Nous pensons que la consommation devrait rester un important moteur de croissance en Chine comme dans d’autres économies émergentes.

Les futurs gagnants de la croissance des marchés émergents

Selon notre point de vue, l’environnement actuel pourrait favoriser la croissance de la production technologique dans les marchés émergents hors Chine.

Au cours des six dernières années, la Chine a progressivement réduit sa production de biens destinés à l’exportation. Les politiques dévoilées au 18e Congrès national du Parti communiste chinois, en 2012, visaient à favoriser la mutation de l’économie de production vers une logique de consommation et de service.

Nous pensons que le Viêt Nam et la Malaisie pourraient éventuellement tirer bénéfice de ce mouvement. Ces deux pays disposent en effet d’infrastructures de transport permettant le développement de réseaux logistiques propices à l’essor du commerce régional ou international. Comparés à la Chine, le Viêt Nam et la Malaisie ont tendance à afficher des coûts de production et de main-d’œuvre inférieurs, et peuvent donc s’accaparer une plus grande part du marché de la production.

Les entreprises d’électronique sont déjà largement présentes en Malaisie et nous prévoyons un éventuel accroissement des exportations malaises de circuits intégrés, de gaz naturel liquéfié et d’équipements de télécommunication.

La Chine s’est aussi écartée de la fabrication de vêtements pour l’exportation. Là encore, les droits de douane américains sur les vêtements chinois pourraient constituer un atout important pour les pays producteurs à moindres coûts comme l’Inde et le Viêt Nam. Les chaînes de production de vêtements de ces pays desservent déjà de grandes marques internationales du secteur de la mode.

Dans ce nouveau contexte commercial et productif, l’évolution de la Chine, premier marché émergent de la planète, peut avoir de grandes implications pour les autres marchés émergents et l’économie mondiale dans son ensemble. En effet, la structure des économies émergentes repose encore sur la croissance économique et démographique, et sur leur part de la production industrielle mondiale, ce qui pourrait ouvrir des perspectives de développement et de prospérité aux autres marchés émergents pendant cette période.

Dans le prochain article de cette série sur « L’impact de la politique américaine sur les marchés émergents », Chetan Sehgal expliquera pourquoi la hausse du dollar américain pourrait avoir un impact sur les marchés émergents inférieur à certaines prévisions.

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